dimanche 22 mai 2011

Prolongements oniriques

« [...] pour distinguer sérieusement deux lieux réels, ne faut-il pas d'abord chercher ce qui les distingue imaginairement, se demander de quels prolongements oniriques ils sont capables. [...] la mise à nu des essences urbaines constitue plutôt une lecture. Les lieux ne se refusent pas à la gloire de l'apparaître [...] ils aiment redoubler, en quelques foyers, le sens de leur expressivité. En conséquence notre travail se rapprochera tantôt d'une poétique tantôt d'une phénoménologie de l'espace urbain. [...] La ville s'offre comme une totalité que nous n'abordons que par des perspectives. Nous n'avons pas à opposer la perspective de la ville et la ville elle-même. Il est bien entendu que la ville se livre à travers la perspective, tout comme ce regard sur la table nous donne la table elle-même et non un fragment de table auquel je devrais ajouter d'autres fragments. Mais il faut que nous emboîtions les perspectives les unes aux autres, selon un ordre réussi. Il est donc des emboîtements plus ou moins parfaits, en un mot, des trajets qui, parfois, nous livrent, avec bonheur, la meilleure prise de la ville [...]. »

Pierre Sansot, Poétique de la ville (1973).

jeudi 12 mai 2011






« Le promeneur est un expert de l'attention flottante, un amoureux des apparences. Sans but précis, il laisse venir à lui, au gré du hasard, des images — détails, fragments, vision panoramique — qui l'entrainent à la rêverie, donnent à sa pensée des résonances imprévues. Il rêve et pense en même temps, dans un tressage des deux, qui n'est pas l'un des moindres charmes de la promenade. [...] la vraie promenade est solitaire. Non en tant que parenthèse de solitude dans une existence ancrée dans la société, mais en tant que prise de conscience d'un état de solitude chronique, irrémédiable. »

Chantal Thomas, Comment supporter sa liberté (1998).


samedi 5 février 2011

jeudi 27 janvier 2011

A Reflection




« And I remember, as if it were today the marvels themselves. What thrilled me so deeply was an ordinary suburban street, filled with lights and shadows, which transfigured it. Several trees stood about, and there was in the foreground a puddle reflecting invisible house façades and a piece of the sky. Then a breeze moved the shadows, and the façades with the sky below began to waver. The trembling upper world in the dirty puddle—this image has never left me. »
[« Ce qui m'avait si profondément remué était une rue ordinaire de banlieue avec ses lumières et ses ombres qui la transfiguraient. Il y avait quelques arbres et, au premier plan, une flaque dans laquelle se reflétaient les façades des maisons invisibles ainsi qu'un morceau de ciel. C'est alors que le souffle du vent fit bouger les ombres, et les façades avec le ciel au-dessous commencèrent à onduler. Le monde d'en haut tremblant dans la flaque sale : cette image ne m'a plus jamais quitté. »]

Siegfried Kracauer, Theory of Film. The Redemption of Physical Reality (1960).

samedi 22 janvier 2011

Réalité, Plénitude, Vacuité

« Die Raumbilder sind die Träume der Gesellschaft. Wo immer die Hieroglyphe irgendeines Raumbildes entziffert ist, dort bietet sich der Grund der sozialen Wirklichkeit dar. »

[« Les figures spatiales sont les rêves de la société. Partout où le hiéroglyphe d'une figure spatiale, quelle qu'elle soit, est déchiffré, là se dévoile le fondement de la réalité sociale. »]

Siegfried Kracauer, « Über Arbeitsnachweise — Konstruktion eines Raumes. » (Frankfurter Zeitung, 17/06/1930).


« [...] Conformément au mouvement même de la métaphysique occidentale, pour laquelle le centre est le lieu de la vérité, le centre de nos villes est toujours plein : lieu marqué, c'est en lui que se rassemblent et se condensent les valeurs de la civilisation : la spiritualité (avec les églises), le pouvoir (avec les bureaux), l'argent (avec les banques), la marchandise (avec les magasins), la parole (avec les agoras, cafés et promenades). Aller dans le centre, c'est rencontrer la "vérité" sociale, c'est participer à la plénitude superbe de la "réalité". »

Roland Barthes, L'Empire des signes (1970).


« Les lieux vides et flous que j'explorais m'offraient le surplus d'inconnu que me refusait désormais la fiction, musique d'ambiance moulinée par la télévision et les magazines, pâte grise égalisant les surfaces, arrondissant les angles et bouchant les fissures. J'étais revenu au réel pour trouver du merveilleux, alors que c'est précisément cette quête qui m'en avait, à l'origine, éloigné. Mais le monde s'était, depuis, considérablement agrandi, et dès qu'on quittait les itinéraires balisés où il présentait sa face usuelle, acceptable, tout s'obscurcissait. C'était dans ces endroits où la réalité excéderait le texte que je voulais me tenir le plus longtemps possible, regardant les phrases gigoter en tous sens comme des poissons fraîchement capturés. »

Philippe Vasset, Un livre blanc (2007).

mardi 13 avril 2010




« L'espace de notre vie n’est ni continu, ni infini, ni homogène, ni isotrope. Mais sait-on précisément où il se brise, où il se courbe, où il se déconnecte et où il se rassemble ? On sent confusément des fissures, des hiatus, des points de friction, on a parfois la vague impression que ça se coince quelque part, ou que ça éclate, ou que ça se cogne. Nous cherchons rarement à en savoir davantage et le plus souvent nous passons d’un endroit à l’autre, d’un espace à l’autre sans songer à mesurer, à prendre en charge, à prendre en compte ces laps d’espace. Le problème n’est pas d’inventer l’espace, encore moins de le ré-inventer (trop de gens bien intentionnés sont là aujourd’hui pour penser notre environnement...), mais de l’interroger, ou, plus simplement encore, de le lire ; car ce que nous appelons quotidienneté n’est pas évidence, mais opacité : une forme de cécité, une manière d’anesthésie. »

Georges Perec, Espèces d'espaces (1974)


dimanche 27 décembre 2009

vendredi 27 novembre 2009


« Qu'il s'agisse des vestiges ou du corps d'autrui, la question est de savoir comment un objet dans l'espace peut devenir la trace parlante d'une existence, comment inversement une intention, une pensée, un projet peuvent se détacher du sujet personnel et devenir visibles hors de lui dans son corps, dans le milieu qu'il se construit. »

Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception (1945).


lundi 27 juillet 2009

vendredi 24 juillet 2009


« [...] Photography is not a means by which to create a beautiful art, but a unique way of encountering genuine reality at the point where the enormous fragments of the world - which I can never completely embrace by taking photos - coincide with my own inextricable predicament. »

Daido Moriyama